Une
prédication de la dernière heure (1)
1
Corinthiens 1:23
Nous, nous prêchons Christ crucifié; scandale pour les Juifs et folie pour les païens
Nous, nous prêchons Christ crucifié; scandale pour les Juifs et folie pour les païens
Je
me suis souvent demandé, puisque tout est grâce, puisque Dieu est amour, puisque
sa miséricorde
et sa bonté sont sans limites, pourquoi il n’y avait pas, dans cette parabole,
d’ouvriers de la douzième heure. La fin de la parabole aurait été un peu plus
scandaleuse encore, puisque certains auraient finalement reçu un salaire pour
n’avoir pas travaillé du tout !
Cette
fin scandaleuse est une fin qui m’aurait plu. Mais il ne suffit pas, en matière
de texte biblique, que cela plaise, ou déplaise. Car elle déplaît souvent, cette
parabole. « C’est pas juste », nous disent petits, ados, et grands… Et ma fin à
moi, celle de la douzième heure, ne fait qu’aggraver cette idée de rétribution
injuste.
Mais,
au fond, pourquoi trouve-t-on cette parabole injuste ?
Pour
une seule raison. Lorsque nous lisons cette parabole, nous imaginons que le
Royaume des cieux est le salaire qui vient après un travail… un peu de notre
imaginaire médiéval ressort, le paradis comme rétribution des œuvres bonnes. On
vit donc la vie qu’on vie, on s’efforce de faire ce qu’il faut faire et, à la
fin du parcours, Dieu soupèse le tout, juge et rétribue. Pourtant, la découverte
que Martin Luther fait, ou refait, du salut par pure grâce de Dieu devrait
mettre à mal cette lecture, ces idées… or, il n’en est rien : c’est pas juste,
dit-on après avoir lu la parabole des ouvriers de la onzième heure !
Mais
le lecteur qui réagit ainsi imagine quelque chose qui est en complète
contradiction avec ce qu’il professe par ailleurs. Comment l’infinie miséricorde
de Dieu, comment sa grâce qui est première peut-elle être compatible avec l’idée
de rétribution ? Reconnaissons pour l’instant que l’idée de rétribution est une
idée bien pratique, même si Dieu tout de même compte un peu bizarrement… A nous
qui faisons profession de connaître Dieu, à nous qui venons le servir, l’idée de
rétribution sert d’assurance vie. Ayant œuvré déjà et œuvrant encore à la vigne
du Seigneur, même si la rétribution est un peu pas juste à la fin, elle tout de
même tout à fait assurée.
Reste
pourtant que, même tout à fait assurée, cette rétribution met en contradiction
ce qu’on comprend de la parabole, et ce qu’on professe : le salut par pure
grâce, offert, promis, par un Dieu tout amour. Et cette contradiction vient
alors ruiner un effort de lecture basé sur l’idée que le royaume des cieux est
le salaire qui vient après le travail. Il faut choisir, entre l’amour de Dieu et
le Royaume des cieux comme salaire. Choisissons l’amour de Dieu… écartons l’idée
d’une rétribution, et lisons de nouveau.
Le
Royaume des cieux est semblable à un maître de maison qui sortit… Lisez bien
jusqu’au bout ! Où voyez-vous, où lisez-vous que le Royaume c’est le salaire et
que le maître de maison c’est Dieu ? Si vous supposez cela, si nous supposons
cela, si nous le voyons, c’est que nos idées précèdent notre lecture. Le Royaume
des cieux n’est pas semblable au salaire versé par un maître à un employé. Il
est semblable à toute la petite histoire qui est racontée. Le Royaume des cieux
c’est le maître qui embauche sous contrat, c’est aussi la tâche qui est
accomplie, par les uns, par les autres, c’est la rétribution qu’on reçoit, c’est
le grommellement de ceux qui trouvent que c’est trop peu par rapport à ceux qui
ont travaillé moins qu’eux-mêmes, c’est aussi sans doute la joie de ceux qui se
réjouissent que si peu d’engagement leur ait rapporté tant… Le Royaume des
cieux, c’est tout ça et, du point de vue des ouvriers, le Royaume des cieux
c’est travailler à la vigne, la grâce d’y avoir été envoyé, y être en sachant
que le travail ne sera pas sans rétribution. Sauf que, pour ce qu’il en est du
montant de la rétribution, on ne sait pas ce qu’elle sera, relativement à celle
d’autrui…
Mais
il ne faut pas trop s’étonner de cette apparente injustice : Jésus raconte une
parabole et les paraboles ont toujours ce point d’incongruité, ce petit scandale
qui les distingue. (A suivre)
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