lundi 14 décembre 2015

Une prédication de la dernière heure (1)

Une prédication de la dernière heure (1)
1 Corinthiens 1:23
Nous, nous prêchons Christ crucifié; scandale pour les Juifs et folie pour les païens
Je me suis souvent demandé, puisque tout est grâce, puisque Dieu est amour, puisque sa miséricorde et sa bonté sont sans limites, pourquoi il n’y avait pas, dans cette parabole, d’ouvriers de la douzième heure. La fin de la parabole aurait été un peu plus scandaleuse encore, puisque certains auraient finalement reçu un salaire pour n’avoir pas travaillé du tout !
Cette fin scandaleuse est une fin qui m’aurait plu. Mais il ne suffit pas, en matière de texte biblique, que cela plaise, ou déplaise. Car elle déplaît souvent, cette parabole. « C’est pas juste », nous disent petits, ados, et grands… Et ma fin à moi, celle de la douzième heure, ne fait qu’aggraver cette idée de rétribution injuste.
Mais, au fond, pourquoi trouve-t-on cette parabole injuste ?
Pour une seule raison. Lorsque nous lisons cette parabole, nous imaginons que le Royaume des cieux est le salaire qui vient après un travail… un peu de notre imaginaire médiéval ressort, le paradis comme rétribution des œuvres bonnes. On vit donc la vie qu’on vie, on s’efforce de faire ce qu’il faut faire et, à la fin du parcours, Dieu soupèse le tout, juge et rétribue. Pourtant, la découverte que Martin Luther fait, ou refait, du salut par pure grâce de Dieu devrait mettre à mal cette lecture, ces idées… or, il n’en est rien : c’est pas juste, dit-on après avoir lu la parabole des ouvriers de la onzième heure !
Mais le lecteur qui réagit ainsi imagine quelque chose qui est en complète contradiction avec ce qu’il professe par ailleurs. Comment l’infinie miséricorde de Dieu, comment sa grâce qui est première peut-elle être compatible avec l’idée de rétribution ? Reconnaissons pour l’instant que l’idée de rétribution est une idée bien pratique, même si Dieu tout de même compte un peu bizarrement… A nous qui faisons profession de connaître Dieu, à nous qui venons le servir, l’idée de rétribution sert d’assurance vie. Ayant œuvré déjà et œuvrant encore à la vigne du Seigneur, même si la rétribution est un peu pas juste à la fin, elle tout de même tout à fait assurée.
Reste pourtant que, même tout à fait assurée, cette rétribution met en contradiction ce qu’on comprend de la parabole, et ce qu’on professe : le salut par pure grâce, offert, promis, par un Dieu tout amour. Et cette contradiction vient alors ruiner un effort de lecture basé sur l’idée que le royaume des cieux est le salaire qui vient après le travail. Il faut choisir, entre l’amour de Dieu et le Royaume des cieux comme salaire. Choisissons l’amour de Dieu… écartons l’idée d’une rétribution, et lisons de nouveau.
Le Royaume des cieux est semblable à un maître de maison qui sortit… Lisez bien jusqu’au bout ! Où voyez-vous, où lisez-vous que le Royaume c’est le salaire et que le maître de maison c’est Dieu ? Si vous supposez cela, si nous supposons cela, si nous le voyons, c’est que nos idées précèdent notre lecture. Le Royaume des cieux n’est pas semblable au salaire versé par un maître à un employé. Il est semblable à toute la petite histoire qui est racontée. Le Royaume des cieux c’est le maître qui embauche sous contrat, c’est aussi la tâche qui est accomplie, par les uns, par les autres, c’est la rétribution qu’on reçoit, c’est le grommellement de ceux qui trouvent que c’est trop peu par rapport à ceux qui ont travaillé moins qu’eux-mêmes, c’est aussi sans doute la joie de ceux qui se réjouissent que si peu d’engagement leur ait rapporté tant… Le Royaume des cieux, c’est tout ça et, du point de vue des ouvriers, le Royaume des cieux c’est travailler à la vigne, la grâce d’y avoir été envoyé, y être en sachant que le travail ne sera pas sans rétribution. Sauf que, pour ce qu’il en est du montant de la rétribution, on ne sait pas ce qu’elle sera, relativement à celle d’autrui…



Mais il ne faut pas trop s’étonner de cette apparente injustice : Jésus raconte une parabole et les paraboles ont toujours ce point d’incongruité, ce petit scandale qui les distingue. (A suivre)

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